L’animation en France

Il y a peu, le monde de l’animation fêtait son centenaire. Durant ces dé cennies, le genre n’a cessé d’évoluer de même que ses publics. S’il a ac tuellement le vent en poupe, il aura fallu patienter avant que cette forme cinématographique n’arrive à intéres ser réellement des spectateurs plus âgés ou plus critiques. Un peu dans l’ombre des géants que sont Pixar ou les studios Ghibli, les créateurs français n’ont de cesse de proposer une animation de qualité. L’occasion nous est donnée de revenir sur son parcours en France et chez nous.

1. L’animation en France, un siècle d’histoire

Quand on parle de cinéma d’animation, les regards se tournent tout naturellement vers les États-Unis ou vers le Japon. Ce que peu de personnes savent, c’est que cette forme cinématographique est née en France voici plus d’une centaine d’années.

En 1908, Emile Cohl présentera son Fantasmagorie, considéré comme l’un des tous premiers dessins animés. Initialement caricaturiste, il donnera à l’animation son premier personnage identifiable avec son Fantoche. Par la suite il exportera son savoir-faire Outre-Atlantique où naîtront les fameux cartoons. Véritable touche-à-tout, il expérimeautres formes d’animation comme les marionnettes animées ou le morphage.

À l’instar de la Belgique, la France produira essentiellement des courts métrages. Pour des raisons économiques évidentes mais également en raison du manque de considération dont bénéficie le genre aux yeux des amateurs de cinéma. La France aura du mal à se positionner par rapport à ce genre d’abord perçu comme du dessin animé à des tination des plus jeunes.

Si la France restera un peu en retrait durant la première moitié du 20e siècle, des réalisateurs tels que Paul Grimault (dont le style visuel influencera certains anime japo) ou René Laloux remettront l’ani mation au goût du jour et réussiront à lui donner la place qu’elle mérite dans le monde du cinéma. La planète sauvagesera par ailleurs le pre mier métrage d’animation présenté lors du festival de Cannes en 1973.

Durant les années 60-80, la majeure partie des productions sera des séries télévisées de qualité très variable ; des excellents Shadoks de Claude Pieplu ou encore Chapi-Chapo en passant par les adaptations de BD tels que Tintin ou Astérix aux nombreuses coproductions franco-japonaises comme lesMystérieuses Cités d’or, la priorité hélas n’est pas toujours donnée aux regards créatifs ou novateurs, mais bien à une certaine rentabilité dictée par les nécessités de l’audimat.

Dès le milieu des années 90, le cinéma d’animation va trouver un souffle nouveau. C’est sans nul douteMichel Ocelot et son Kirikou qui rendront à l’animation française la place qui lui revient de droit au niveau mondial. Suivront par la suite plusieurs titres, lesquels rencontreront un im mense succès critique et public (Les Triplettes de BellevilleÜ,…).

Adeptes du dessin en deux dimensions, les cinéastes français vont peu à peu s’ouvrir au numérique et tenter de rivaliser avec les ténors du genre. Ainsi, le premier film d’animation français en 3 dimensions – Kaena, la prophétie – voit le jour en 2003. Quelques années plus tard, il sera suivi par Renaissance qui utilisera la technique de la motion capture (souvent utilisée pour la création de jeux vidéo, il s’agit de capter les mouvements d’acteurs pour ensuite les insérer dans un univers virtuel).

S’il a su évoluer dans sa forme, le cinéma d’animation a réussi au fil des ans à toucher un public de plus en plus large. Pour s’adapter à de nouvelles audiences, il lui a fallu également proposer un réel regard sur le monde qu’il représente. De la sorte, de nombreux films se sont entichés d’un discours écologique ou social.

Au-delà de cet aspect quelque peu didactique inhérent à l’animation française (même si le Japon suit un peu la même voie), ce qui la caractérise c’est sans nul doute son côté artisanal et poétique. Très tôt les créateurs ont su ouvrir les barrières qui cloisonnaient les genres et ont réussi à créer des œuvres singulières, au rythme souvent lénifiant mais jamais ennuyeux. Au niveau international, l’animation française reste synonyme de qualité graphique et d’originalité scénaristique. Signalons également que c’est la forme cinématographique qui s’exporte le mieux et qu’elle détient actuellement la troisième place mondiale en termes de productions annuelles.

2. Des créateurs et des studios

Si l’animation française a su garder son caractère artisanal et personnel, c’est en partie grâce à l’implication de – futurs – grands noms du genre dans la mise en place de studios de création. Ainsi la France peut-elle compter sur des structures qui ont engendré ces dernières années bon nombre de chefs-d’œuvre.

À la fin des années 70, Jean-François Laguionie s’installe avec ses collaborateurs dans une ancienne manufacture de bobinage afin de se plonger dans la réalisation de Gwen, le livre des sables. Ces artistes se fixent dans cet atelier des Cévennes et créent en 1987 la société de production La Fabrique qui sortira entre autres le Princes et Princesses de Michel Ocelot.

En 1981, Jacques-Rémy Girerd crée le studio Folimage. Depuis près de 30 ans, cette structure développe et produit des séries d’animation comme Hôpital Hilltop, mais aussi des longs métrages tels que laProphétie des grenouilles ou plus récemment Mia et le Migou. En sus de cette activité créatrice, il dispose également d’une cellule pédagogique qui dispense courts et animations à travers toute la France.

Le haut lieu de la BD, Angoulême, dispose depuis 1997 de son Pôle image qui compte en son sein les studios Armateurs qui ont sorti ces dernières années les petits bijoux que sont Les Triplettes de Belleville ou encore Kirikou et la sorcière.

3. Et chez nous ?

Avec sa longue tradition dans le milieu de la bande dessinée, il n’est pas étonnant que notre plat pays trouve une place de choix dans le milieu du cinéma d’animation. Le rapprochement entre ces deux formes artistiques verra bon nombre de héros de BD se mouvoir sur nos écrans de télévision (les Schtroumpfs,Quick et Flupke,…).

Mais, si les premières expérimentations d’animation sont l’œuvre d’un Belge (Joseph Plateau et son phénakistiscope), la Belgique se révélera longtemps assez discrète sur la scène internationale, produisant essentiellement des courts métrages.

Parmi nos illustres ambassadeurs, difficile de faire l’impasse sur Raoul Servais qui décrochera même une Palme d’or à Cannes en 1979 pour son court métrage Harpya.

Plus proches de nous, citons encore Picha dont les réalisations très politiquement incorrectes auront beaucoup fait parler d’elles. Dans la même veine très belge, mais certainement moins graveleuse Stéphane Aubier et Vincent Patar ont su ravir les jeunes et les moins jeunes avec les aventures de Pic Pic et Andréet plus récemment Panique au village.

Ben Stassen est, quant à lui, le réalisateur du premier film d’animation belge en 3D, Fly me to the Moon qui rencontrera un réel succès international.

4. Quelques repères historiques

  • Emile Cohl : « Fantasmagorie » (Gaumont, 1908). VX4714 (dès 3 ans)
  • Ladislas Starewitch : « Le roman de Renard » (Doriane, 1930). VR5904 (dès 8 ans)
  • René Laloux : « La planète sauvage » (Arte, 1973). VP3701 (dès 10 ans)
  • Paul Grimault : « Le roi et l’oiseau » (Studio Canal, 1979). VX1941 (dès 6 ans)
  • Jean-François Laguionie : « Gwen, le livre de sable » (1984). VG8645 (dès 8 ans)
  • Michel Ocelot : « Kirikou et la sorcière » (France 3 Télévision, 1998). VK3231 (dès 6 ans)
  • Chris Delaporte : « Kaena, la prophétie » (Boomerang, 2003). VK0251 (dès 8 ans)
  • Jacques-Rémy Girerd : « La prophétie des grenouilles » (Studio Canal, 2001). VP6523 (dès 6 ans)
  • Sylvain Chomet : « Les Triplettes de Belleville » (Cinéart, 2003). VT6288 (dès 10 ans)
  • Christian Volckman : « Renaissance » (Pathé, 2006). VR0074 (dès 14 ans)
  • Serge Elissalde : « Ü (Wild side Video, 2006). VU0075 (dès 8 ans)
  • Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud : « Persépolis » (Cinéart, 2007). VP0524 (dès 12 ans)

5. Portraits

Michel Ocelot

Présent dans le milieu du cinéma d’animation depuis les années 70, Michel Ocelot se verra révélé au grand public par son envoûtant Ki rikou et la sorcière en 1998. Ce succès lui permettra non seulement de ressortir son programme Ciné Si(sous le titre Princes et Princesses) en 2000, mais laissera surtout augurer un futur des plus optimistes pour l’animation française. Influencé par les ombres chinoises (Lotte Reiniger notamment) et maître dans l’art du papier découpé, il s’inspire pour ses réalisations de contes traditionnels venus du monde entier (l’Orient pour Azur et Asmar, l’Afrique pour ses Kirikou,…).

Jean-François Laguionie

Fils spirituel de Grimault qui l’initiera aux tech niques d’animation, Jean-François Laguionie est un réalisateur assez discret, peu connu du grand public. Il est pourtant le fondateur de la Fabrique, studio de pro duction et de réalisation qu’il créera à l’occasion de la sortie de Gwen, le livre des sables et l’heureux vainqueur d’une Palme d’or et d’un César pour son court métrage La Traversée de l’Atlantique à la rame (1978). Son univers, à la fois riche en références et graphiquement très re cherché, s’adresse à la fois à une audience jeune et adulte. Il réalisera encore deux longs métrages ; le Château des singes en 1999 et l’Île de Black Mór en 2004.

Serge Elissalde

Actuellement en pleine conception de son second long métrage (Le Jour des corneilles), Serge Elissalde n’aura eu besoin que d’un film pour imposer sa patte aux yeux des connaisseurs comme du grand public. Ü (qu’il réalisera en collaboration avec Grégoire Solotareff ) est en effet une petite merveille traitant avec subtilité et légèreté du passage de l’enfance à celui de l’adolescence. S’il a tourné un certain nombre de courts métrages depuis les années 90, ceux-ci, réalisés sui vant diverses techniques visuelles (dessin sur papier, peinture, anima tion assistée par ordinateur), ne sont pas toujours destinés à un jeune public, mais raviront adolescents et adultes.

Jacques-Rémy Girerd

Réalisateur de deux longs métrages très re marqués lors de leur sortie (La Prophétie des grenouilles en 2001 et Mia et le Migou en 2008), Jacques-Rémy Girerd est surtout le fondateur d’un des gros studios d’animation Français, Folimage. Il est également l’auteur d’un certain nombre de courts métrages dont l‘Enfant au grelot qui le fera connaître hors des frontières françaises. S’il semble à première vue s’adresser à un public assez jeune, le cinéma de Girerd dévoile en fait plusieurs niveaux de lecture et laisse transpa raître certains aspects un peu plus tragiques de la vie. D’une grande tendresse, ses films se savourent dans des couleurs chatoyantes, au rythme d’un crayonné simple sans être simpliste.

Une réflexion sur “L’animation en France

  1. Pingback: Jean-François LAGUIONIE : « La demoiselle, la traversée et autres courts » | Pic-Sons

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